C’est l’histoire d’une jeune fille de 12 ans, ma fille en l’occurence, qui débarque en panique à 23h dans le salon : « Maman, j’ai des mauvaises pensées …. J’arrête pas de penser à la Dame Blanche … »

La Dame blanche ? Mais quelle drôle d’idée !

Vous voyez ce que c’est la Dame Blanche ? Non, ce n’est pas celle que l’on déguste avec plaisir en plein été à la terrasse d’un café mais bien celle beaucoup moins sympa qui rôde la nuit dans un virage!

Après quelques minutes de discussion, je comprends donc qu’elle a vu sur son téléphone un post avec une image d’une silhouette floue et blanche dans la nuit et l’histoire qui va avec. Elle a bien essayé de faire comme si elle ne l’avait pas vu pendant plusieurs jours mais son cerveau ne s’est pas laissé faire ! Et cette image revient sans cesse depuis.

Mon premier réflexe, c’était évidemment de la rassurer et de parler à la partie rationnelle chez elle : « Ma chérie, on est bien d’accord que cette Dame Blanche, c’est une histoire inventée pour se faire peur et  qu’elle n’existe pas , dans la vraie vie ?  »

En l’occurrence, on est bien d’accord mais cela ne change absolument rien à sa peur qui reste présente et immense. Oui parce que dire « N’ai pas peur » à quelqu’un qui a peur, c’est rarement efficace.

Expliquer, rationaliser, rassurer, c’est tenir un discours qui entre en pleine contradiction avec l’expérience que la personne est en train de vivre. C’est parler avec la tête, la raison quand l’enfant réagit avec son ventre, ses tripes, son centre émotionnel. Rejoindre son enfant dans ce qu’il vit et reconnaitre sa peur, c’est déjà un premier pas vers l’apaisement : l’enfant se sent compris et rejoint dans ce qu’il ressent.

Des tentatives de solution infructueuses qui aggravent le problème

Je la questionne pour savoir depuis combien de temps cela dure et pour comprendre ce qu’elle a mis en place pour que cette peur ne l’embête pas trop dans sa vie de tous les jours. Elle m’explique que c’est arrivé il y a une semaine et que depuis elle n’y pense pas trop la journée au collège, qu’elle y pense quand elle prend le bus et que donc, elle écoute de la musique pour ne pas la ressentir et le soir, quand elle va se coucher, elle lit le plus longtemps possible car tant qu’elle lit, elle ne la ressent pas. C’est au moment d’éteindre la lumière que tout se complique, car les images arrivent et l’intensité de la peur augmente jusqu’à un niveau qui n’est plus gérable et qui se transforme en une crise de larmes ….

Un virage à 180° : penser et ressentir sa peur

Comme éviter de penser à cette dame blanche pour ne pas ressentir la peur et se rassurer ne fonctionnait pas et avait au contraire tendance à aggraver la situation, je lui ai proposé d’expérimenter le fameux virage à 180° de Palo Alto et de faire l’inverse de ce qu’elle avait fait jusqu’à présent et donc, de se confronter à sa peur : « y penser et la  ressentir » …

Pas évident à vendre comme idée !

Elle m’a pris pour une maman folle et insensible qui ne comprenait pas du tout son problème. C’est lorsque j’ai utilisé l’exemple bien parlant: « Est-ce que tu peux ne pas penser à un éléphant rose ? – Bah, non ! »

Non, ce n’est pas possible et pourtant c’est exactement ce que tu demandes à ton cerveau : « Ne pense pas à la Dame Blanche, ne pense pas à la Dame Blanche ! » et donc dès que tu n’es plus occupée, les images arrivent et ta peur aussi !

Le film d’horreur avec la Dame Blanche en actrice principale 

Je lui ai donc proposé de l’accompagner pour accueillir ce que sa peur voulait lui dire et pour l’aider à regarder ces images effrayantes. Pour être effrayantes, elles l’étaient : sa sœur était enlevée par la Dame Blanche dans une grotte pour être torturée puis elle s’en prenait à elle lorsqu’elle s’endormait sur le ventre. Elle en profitait pour lui planter un coup de couteau dans le dos. Et si elle se débattait, c’est son chat qui se retrouvait également éventré.

Au bout de 3-4 jours, la peur était toujours présente mais son intensité avait déjà un peu baissé. C’est seulement au bout de 10 jours à regarder son film d’horreur tous les soirs pendant 10 mn que sa peur n’était plus problématique …

La Dame Blanche n’est certes pas devenue sa meilleure amie mais elle ne lui pose plus de souci et elle ne revient plus l’embêter chaque jour.

Quel cheminement étrange que celui de se faire peur pour ne plus avoir peur !

Face aux émotions d’angoisse, de peur ou même de stress de notre enfant, nous, parents avons le plus souvent pour réaction de tenter de calmer l’émotion en rassurant notre enfant. Qui ne veut pas éviter à ceux qu’il aime de ressentir de la tristesse, de la colère ou de la peur. C’est là bien légitime.

Mais, et je conclurai, avec cette phrase : les émotions, lorsque l’on ne les accueille pas, ce sont elles qui nous cueillent !

Marie FAIVRE CAMUS

Psychopédagogue et Psychopraticienne en thérapie brève

Souffrances enfantines et adolescentes

 

 

 

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