Aujourd’hui, être parent semble indissociable d’une mission implicite : rendre son enfant heureux. Un enfant triste, frustré ou en colère devient vite le signe que quelque chose ne va pas, que le parent n’a pas fait « ce qu’il fallait ».
Cette injonction est partout dans les discours éducatifs, dans les réseaux sociaux et dans les comparaisons entre parents.
Ce que souhaitent profondément les parents
Derrière cette injonction, il y a une intention profondément légitime :
- protéger son enfant de la souffrance,
- lui offrir une enfance douce,
- lui éviter les blessures que l’on a parfois soi-même connues.
Les parents veulent bien faire. Ils veulent que leur enfant aille bien, se sente aimé, sécurisé, épanoui.
Les comportements induits par l’injonction
Sous cette pression, beaucoup de parents en viennent à anticiper en permanence les besoins de leur enfant, à éviter toute frustration , à intervenir rapidement dès que l’enfant est contrarié ou apaiser, expliquer, relativiser, consoler immédiatement.
L’adulte devient alors très présent émotionnellement, parfois trop présent, avec la peur constante que l’enfant souffre ou se sente mal.
Le paradoxe : quand cela produit l’inverse
Dans une lecture systémique, on observe souvent un paradoxe :
Plus les parents cherchent à satisfaire et à apaiser leur enfant, plus celui-ci peut devenir insatisfait, exigeant ou négatif.
L’enfant apprend alors, sans en avoir conscience, que :
- le monde doit s’adapter à lui,
- les émotions désagréables doivent disparaître rapidement,
- un adulte est nécessaire pour aller mieux.
Ce fonctionnement peut rendre l’enfant moins tolérant à la frustration et plus dépendant de l’adulte pour réguler ses émotions.
Tandis que du côté des parents, cela génère de l’épuisement, de la culpabilité et le sentiment de ne jamais en faire assez.
Changer de regard
Accompagner un enfant ne signifie pas le rendre heureux à tout prix.
Cela peut aussi consister à le rejoindre dans ce qu’il ressent, sans chercher à modifier son émotion, accepter qu’il traverse de la tristesse, de la colère ou de la frustration et renoncer à être l’artisan principal de son bonheur.
Un enfant n’a pas besoin de parents parfaits, mais de parents capables de supporter qu’il ne soit pas toujours heureux.
Message clé à retenir
Vouloir à tout prix rendre son enfant heureux peut l’empêcher d’apprendre à faire face à la réalité de la vie.
Lâcher cette injonction, ce n’est pas abandonner son enfant. C’est lui offrir une base plus solide pour construire son propre rapport au bonheur.